Ekbir
Campagnes
Sommaire
Le domaine
Le pays est morcelé en petites seigneuries, dont plusieurs sont des fiefs, ou iqtas.
Le domaine est la partie de la seigneurie qui appartient au seigneur. Il comporte un manoir, lieu de résidence permanent ou occasionnel, une grande ferme domaniale et des terres. Les seigneurs plus puissants se font bâtir des forteresses ou des châteaux forts. L’État finance parfois la construction d’une forteresse dans un fief ecclésiastique ou dans un iqta.
En l’absence du seigneur, un régisseur, secondé par un intendant, le remplace. Dans une place forte, avec des hommes d’armes, un sénéchal le remplace. Le seigneur local, qui est parfois le prêtre lui-même, rend la justice dans le manoir.
La ferme du domaine comprend des installations communes, utilisées par tous. On entrepose les gerbes de blé dans des granges, les sacs de grain dans un grenier et le foin dans une autre grange. Il y a aussi des écuries, une étable, une bergerie, un poulailler, une laiterie, un saloir, une porcherie, des hangars et des ateliers. On y cultive souvent un jardin d’agrément, avec des fleurs. Un vivier à poissons peut aussi y être maintenu.
Sauf dans les villages les plus petits, les plus récents, ou les hameaux, chaque village a son manoir et sa ferme domaniale.
Les temples
Dans chaque village se trouve un temple akbarite de la Foi exaltée, sauf dans les plus petits, les plus récents, ou les hameaux. Ces petits temples ont un plan octogonal. Ils sont surmontés d’une petite coupole centrale et d’un pinacle, ou minaret, latéral.
Certains hameaux ou villages récents et de petite taille n’ont pas de temple, mais un simple sanctuaire : un cercle de pierres, souvent des pierres dressées. Un prêtre d’un temple voisin vient alors régulièrement pour les cérémonies.
Le prêtre d’Al’Akbar local est chargé de l’enseignement.
Les autres cultes se contentent habituellement d’un petit sanctuaire ou d’un lieu sacré dans les environs. Les gens du pays viennent y faire quelques offrandes ou quelques prières, seuls ou à plusieurs, même en l’absence de prêtres. Les prêtres des autres cultes ne sont pas très fréquents et se déplacent souvent de lieu en lieu. Ceux des cultes officiels sont assez nombreux et s’appuient sur une hiérarchie puissante. Ceux des cultes populaires marginaux sont souvent des paysans qui se transmettent le sacerdoce de génération en génération.
Le village
Les maisons sont souvent groupées dans des villages ou des hameaux assez resserrés.
Les maisons
Les maisons sont d’ordinaire petites et constituées d’une seule pièce. Une simple cloison sépare le four, ou l’étable des bœufs, du reste. Les petites fenêtres sont dépourvues de vitre et fermées par des volets. Le toit est généralement en chaume, avec deux trous à fumée latéraux. Il n’y a pas de cheminée dans ces chaumières. Elles sont bâties sur un pavage de pierres ramassées dans les champs.
Derrière la maison s’étend un petit pré allongé, où l’on cultive des légumes et où se trouvent les enclos des moutons, des chèvres, des porcs et des volailles.
Dans chaque village est creusé un puits.
Les défenses
Dans le Nord, les villages sont parfois fortifiés, ou placés en un lieu naturel défendable, au sommet d’une colline ou au bord d’une rivière. Dans le Centre et le Sud, la relative tranquillité permet de les établir souvent en plaine. En cas d’invasion, les villageois se réfugient dans la forêt.
Lorsqu’un village est fortifié, c’est d’habitude par une simple palissade de bois entourée d’un fossé. Quelques gros villages ont des remparts de pierre.
Les alentours
Autour du village s’étendent les champs, au nombre de deux ou de trois. Ils sont divisés en bandes d’environ 220 pas de long sur 22 de large. Chaque paysan, sauf les plus pauvres et les serfs, dispose en moyenne de 30 bandes, où l’on cultive le blé et parfois les pois et les fèves.
Les propriétés ne sont pas encloses. Chaque paysan reconnaît les siennes par l’habitude. Un mince espace non labouré, un sentier ou une marque peuvent les séparer. Dans les régions accidentées, les bandes ont des formes diverses, souvent moins allongées.
Outre les champs, on trouve des pâturages où paissent les bêtes. Certains, appelés clos, sont entourés de palissades. Il y a aussi des bois entretenus. Au-delà, on entre dans la lande ou la forêt sauvage.
L’agriculture
L’assolement triennal est généralement pratiqué, mais certains endroits en sont encore à l’assolement biennal. Un champ sur trois est donc en jachère. Il est recouvert de marne et de fumier pour l’enrichir. Dans beaucoup d’endroits, le défrichement est une activité importante, qui nécessite de nombreux bûcherons.
Le blé est partout la culture principale : froment, seigle, orge et avoine. Sur les champs à blé, on cultive aussi les pois et les fèves. Dans beaucoup de régions, notamment dans le Sud, la vigne tient une grande place.
Dans les potagers poussent les herbes, chou, poireau, oseille, épinards, laitues, et les racines, raves, carottes, navet, ail, oignon, échalote. On cultive parfois des herbes médicinales ou aromatiques : marjolaine, sarriette, basilic, menthe, coriandre, anis, pavot, ou même parfois lavande, giroflée, romarin. Il y a aussi des vergers : pommier, poirier, prunier, cerisier, pêcher, châtaignier, noyer, noisetier, et dans le Sud des amandiers et des figuiers. Les framboisiers et les groseilliers poussent un peu partout. Pour les vêtements, on cultive le lin et le chanvre, voire le chardon.
Les travaux suivent les saisons : le labourage, les semailles, selon que le blé est d’hiver ou de printemps, la fenaison, où l’on fauche le foin à la faux dans les pâturages, les moissons, les vendanges, et le battage du grain en hiver. Après la moisson, les champs deviennent propriété commune. Chacun peut s’y livrer au glanage, la récupération des épis oubliés, ou à la collecte de la paille, par droit d’éteule. Le blé est moissonné à la faucille, juste sous l’épi, dans ce but.
L’élevage
Les bêtes de différents propriétaires sont généralement rassemblées dans un troupeau commun. Après les moissons, les troupeaux peuvent paître librement sur les champs et les prairies, quel qu’en soit le propriétaire. La fumure enrichit la terre.
Les porchers viennent chaque matin chercher tous les porcs du village, y compris ceux du domaine, et les conduisent dans les bois, où ils se nourrissent de glands et de faînes. Le porc est la base de l’alimentation carnée.
Les moutons sont élevés en grand nombre, pour leur laine, leur viande et la fabrication du parchemin. Ils fournissent aussi le meilleur fumier. Les bœufs servent davantage de bêtes de somme que de viande. Les volailles sont communes, surtout les poules et les oies. Certains élèvent même des cygnes et des paons.
Le fromage, le lait, les œufs et le beurre sont des produits particulièrement importants. L’apiculture est répandue, pour le miel.
Les chevaux
L’élevage le plus important et le plus prestigieux est celui du cheval, qui fait l’objet de soins minutieux. Les chevaux servent de bêtes de somme, d’animaux d’apparat, à la chasse et à la guerre. Les Ekbiriens sont de grands connaisseurs, et leurs chevaux sont très réputés.
Les autres animaux
Outre les moutons, on élève des ânes, des mulets, des chèvres et des chiens.
L’artisanat
Les habitants du village ne sont pas tous agriculteurs. On compte des charpentiers, des forgerons, des boulangers, des meuniers, des charrons et des tonneliers. D’autres sont vanniers. Certains sont chargés de tâches particulières : le bouvier récupère les bêtes égarées, l’émondeur entretient les haies et les talus. Dans certains villages, on trouve des auberges, et donc un aubergiste.
Les charpentiers contribuent à la fabrication des outils et à la construction des maisons. Les murs sont faits de poutres, entre lesquelles sont glissées des lattes de bois. Elles sont ensuite recouvertes d’un tressage de baguettes de saule ou de noisetier. On applique de chaque côté un torchis d’argile, de paille hachée et de poils d’animaux. Une fois sec, les murs sont plâtrés. Les toits ont une charpente de branches souples, recouverte de chaume : roseaux, paille, mottes d’herbe ou fagots de broussailles.
Le forgeron fabrique, répare et aiguise les outils. Il ferre aussi les chevaux. On trouve d’ordinaire un charron et un tonnelier, pour les roues et les tonneaux.
Le boulanger, dans son fournil, fabrique le pain avec la farine que le meunier a obtenue en moulant le grain. Il y a des moulins à eau et des moulins à vent.
Les routes
La plupart des routes sont de simples chemins de terre, qui deviennent des torrents boueux lors des orages.
Il y a cependant quelques grandes routes, le long des principaux axes de commerce et de pèlerinage. Elles sont soigneusement entretenues et généralement de bonne qualité. Des auberges, des caravansérails et des relais les jalonnent.
L’une d’elles longe la Tuflik jusqu’à Kofeh et, de là, la côte jusqu’à Ekbir. C’est l’axe de communication principal du pays. La voie fluviale et maritime le double.